Arnaques crypto : un coup de filet inédit en Afrique de l'Ouest
C’est une première : du 6 au 9 octobre, une opération internationale a ciblé les centres d’arnaque d’Afrique de l’Ouest. Le bilan, annoncé le 13 octobre par le ministère américain de la Justice, donne la mesure du phénomène : 28 arrestations, plus de 3,7 millions de faux comptes supprimés et 117 victimes secourues au Ghana.
Un coup de filet sans précédent
L’opération, baptisée « Joint Disruption Week », s’est déroulée à Londres, au siège de la National Crime Agency (NCA), l’agence britannique contre la grande criminalité. Autour de la table : le FBI, Interpol, les polices ghanéenne et nigériane, mais aussi des géants du numérique — Meta, Google, Microsoft, OpenAI — et des acteurs du monde crypto, de Binance à Coinbase, en passant par les sociétés d’analyse blockchain Chainalysis et Elliptic.
Pourquoi une telle coalition ? Parce qu’une arnaque moderne traverse toutes les frontières : un faux profil sur les réseaux sociaux, une conversation WhatsApp qui dure des semaines, un faux site d’investissement, puis un transfert vers un portefeuille impossible à annuler. Aucun acteur ne voit le tableau complet seul.
Selon les participants, c’est la plus grande opération du genre à ce jour — la première ciblant spécifiquement l’Afrique de l’Ouest :
- 19 arrestations à Sasaabi, dans la banlieue d’Accra (Ghana), et 303 appareils saisis ; 9 arrestations et 53 appareils saisis au Nigeria.
- Plus de 3,7 millions de faux comptes, pages et groupes supprimés sur Facebook et Instagram, administrés depuis l’Afrique de l’Ouest et visant surtout des internautes américains et britanniques.
- 117 personnes libérées au Ghana. Retenues prisonnières dans un bâtiment résidentiel, malnutries et maltraitées, elles étaient forcées de travailler pour ces réseaux. Leur rapatriement vers le Nigeria était en préparation.
- Plus de 11 millions de dollars — plus de 6,4 milliards de FCFA — identifiés en vue d’un gel. Coinbase dit avoir prévenu 65 victimes à temps, pour 415 000 dollars de pertes évitées.
Reste une inconnue : identifier des fonds ne suffit pas à les geler. Le gel effectif dépendra des enquêtes en cours.
Comment ces réseaux piègent leurs victimes
Les méthodes recensées parlent d’elles-mêmes : faux investissements en cryptomonnaies — le « pig butchering » des enquêteurs —, où la victime est lentement poussée à miser toujours plus ; faux sites qui promettent des rendements garantis, dans la pure tradition de la pyramide de Ponzi ; usurpation de policiers ; fausses « arrestations » en appel vidéo pour extorquer de l’argent ; ou fausses promesses de récupérer des fonds déjà perdus.
L’enjeu est énorme. Selon le FBI, les pertes déclarées liées aux arnaques à l’investissement en cryptos ont dépassé 7,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 24 % en un an.
Ces recettes ne sont pas propres au Ghana ou au Nigeria. Elles visent aussi le Sénégal : le 9 octobre, la Police nationale alertait sur une campagne de hameçonnage qui vise les comptes Mobile Money, un dossier que nous détaillions dans cet article.
Et les enquêteurs le disent clairement : à mesure que la pression monte en Asie du Sud-Est, ces réseaux cherchent à s’installer en Afrique de l’Ouest. La coopération internationale, elle aussi, se déplace.
Ce que ça change pour vous
- Un inconnu qui parle d’investissement : méfiance. Aucune opportunité sérieuse n’arrive par message privé. Passez la conversation au filtre de nos 7 signaux pour repérer une arnaque crypto.
- La police n’arrête personne par appel vidéo. Aucune autorité ne vous demandera de payer en crypto pour éviter des poursuites.
- Vos secrets ne se partagent jamais. Code Mobile Money, mots de passe, phrase de récupération : personne ne doit vous les demander, même en se présentant comme un agent de votre opérateur.
En cas de tentative, signalez-la : au Sénégal, la Police nationale invite à utiliser la plateforme signalementcyber.dgpn.sn ou le numéro 17. Tous nos conseils sont dans le dossier Sécurité.
Sources
- Ministère américain de la Justice — Les résultats de la « Joint Disruption Week » en Afrique de l’Ouest, 13 octobre 2026
- Meta — Les géants de la tech s’unissent aux polices contre les réseaux d’arnaque d’Afrique de l’Ouest, 13 octobre 2026
- Coinbase — Suivre l’argent, arrêter les escrocs, 13 octobre 2026
- CyberScoop — Les arnaqueurs d’Afrique de l’Ouest visés par une opération internationale, 13 octobre 2026